La vie en mini, c'est dur.

Retour sur la Puru Challenge race
La Puru Challenge Race se courait entre Port Bourgenay (au Sud des Sables d’Olonnes) et Getxo en Espagne. Benoît l’a courue en double, avec Alexandre Giovannini. La course s’est effectuée en deux étapes avec une pause de trois jours à terre en Espagne. 

RESULTATS

  • 2ème des prototypes en double

  • 28ème au classement général

  • Vainqueurs du prix «good performance», prix décerné par le gagnant de l’édition qui récompense la meilleure performance sur la course.


Epopée racontée par Benoît


Mercredi 28 juillet, 12h50 UTC

les 73 bateaux sont présents sur la ligne de départ, motivés et déterminés à rejoindre l'Espagne avant les autres. Deux minutes avant la procédure de départ, le temps est idéal, le soleil est au rendez-vous et il y a une quinzaine de nœuds de vent (28 km/h).

13h00, le canon retentit, nous passons la ligne dans le premier tiers de la flotte. Le départ n’est pas de tout repos, 73 minis côte à côte, ce n’est pas rien ! Nous nous efforçons de tenir notre place avant d’être sur le bon bord qui nous amènera vers une bouée placée 40 milles plus loin vers le nord (65 km).

Manœuvrer notre prototype, ça reste complexe ! Nous devons gérer la quille pendulaire, les bastaques, les dérives, la quête du mat (posé sur une rotule) etc.…  Pour l’instant, tout va bien ! 

La première nuit se passe tranquillement au près bon plein (60° de vent), nous filons à huit nœuds. C’est le moment parfait pour manger et nous reposer à tour de rôle.  


 

Jeudi 29 Juillet, 05:00 UTC

Alors qu’on arrive bientôt à Belle Ile, en face de Lorient, le soleil se lève gentiment et nous réchauffe enfin après une nuit fraîche. 

Comme annoncé par les prévisions météo, à peine arrivés, le vent tombe. Plus rien, le calme plat, même pas une petite brise pour nous ventiler un peu! Le soleil se fait imposant, nous cuisons sur place. J’ai la tête qui tourne, même en buvant beaucoup et en me déshabillant. Je commence à avoir une migraine et de fortes crampes à l’estomac. 

Nous sommes une dizaine de bateaux arrêtés, sans vent, d’autres arrivent encore, portés par leur inertie. 

12h00, le vent a repris tranquillement, nous passons le phare des Poulains au sud de l’île. Prochaine étape, l’Espagne. Facile, dans un jour on y est !

Mais mes douleurs ne se calment pas, je n’ai d’autres choix que d’aller me reposer. Les crampes d’estomac et la migraine augmentent en intensité même après m'être soigné. Faiblesse de mon estomac, mes derniers repas finissent par-dessus bord... Rien ne passe, même pas une gorgée d’eau. Cinq heures plus tard, je n’ai toujours rien bu et je commence à me déshydrater. Incapable de faire quoi que ce soit, je me demande ce que je fais là entouré des voiles humides au fond du bateau, la tête qui tourne et le ventre qui crie misère. Ce calvaire va durer... 18 heures. 

Mes crampes d’estomac et mes vertiges ont été le résultat d'un lyophilisé mal réhydraté. La nourriture encore asséchée à pris l’eau de l’estomac et a provoqué une intoxication alimentaire assez importante. Résultat, l’estomac ne supportait même plus une gorgée d’eau. 

Heureusement, j’ai l’énorme chance de pouvoir compter sur Alexandre qui barre et manœuvre pendant que je reprends des forces. Une fois rétabli, je le remplace et peux assumer une bonne partie de la nuit pour que lui aussi ait le droit au repos. 


 

Vendredi 30 Juillet, 10:00 UTC

Nouveau défi, dans la matinée on change de voile pour passer du Gennaker au grand Spi. L’angle du vent s’est ouvert, nous sommes à 130 degrés. Nous ramenons le bout-dehors de 3 mètres sur l’arrière pour le changement de voile. En pleine manipulation, une vague déferle sur lui et vient le casser net au niveau de la rotule de l’étrave. Nouveau coup dur. Impossible de mettre le grand Spi. Les autres nous dépassent à vive allure.

Nous devons impérativement trouver un système rapide et fiable. Après deux heures de bricole, nous mettons un spi de fortune pour rester dans la course.

Pendant la réparation, nous avons vu deux orques à une dizaine de mètres du bateau. Au briefing avant la course, les organisateurs nous avaient prévenu : "Si vous voyez des orques, méfiez-vous et éloignez-vous le plus vite possible car ils viennent jouer et casser les safrans". J’ai forcément eu la boule au ventre en observants les deux cétacés – de la taille de mon petit bateau – venir nous tourner autour alors que nous étions arrêtés... par chance ils nous ont simplement souhaité bon courage avant de poursuivre leur route.


 

Samedi 31 Juillet 05:00 UTC

Espagne nous voilà ! Après une nuit mouvementée nous voyons les terres espagnoles au loin – enfin ! 8h00, arrivée à Getxo. Nous rentrons au port accueillis et assistés par des bateaux moteur. Nous nous attelons directement aux réparations du bateau qui vont nous occuper jusqu’au départ de la 2ème manche. Pas le temps de lever le pied.

 

Mercredi 04 Août 14:00 UTC

C’est reparti pour la deuxième étape direction Port Bourgenay !
Les conditions météo s’annoncent difficiles mais nous sommes prêts.

Le départ se fait au près et rapidement nous pouvons mettre le Spi. En début de nuit le vent augmente jusqu’à atteindre 35 nœuds (64 km/h). L’angle du vent devient trop pointu, nous décidons de passer sous Gennaker. Nous filons à 18 nœuds (33 km/h) dans une grosse mer croisée. Le bateau est rapide et sensible. C’est compliqué de dormir et de manger, on est secoué dans tous les sens.

Jeudi 05 Aout 06:00 UTC

Après une nuit mouvementée, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Nous allons si vite que nous fonçons régulièrement dans des vagues qui nous inondent. Nous sommes complètement détrempés. Vive le Mini !

Le pilote automatique nous lâche en fin de matinée puis vient le tour des winchs de nous signaler leur fatigue, le blocage ne se fait plus correctement, nous devons trouver une solution. Nous sommes donc contraints de tenir la route tant bien que mal et trouver une astuce pour ces winchs. Tout ça à vive allure et sous des trombes d’eau. Nous sommes fatigués et nous réjouissons d’arriver en France.

18h00, le soulagement ! Après s’être dépassés dans des conditions dantesques, nous arrivons au port. Un zodiac nous réceptionne. Il y a beaucoup de monde perché sur les digues. Nous rentrons sous leurs applaudissements et les coups de corne de brume. Cinq bateaux moteur nous escortent jusqu’à notre place d’amarrage.


On débarque, ça y est, on l’a fait ! 

J’ai appris tout au long de cette course qu’en Mini, il faut être prêt à n’importe quelle éventualité pour faire face aux éléments. Les mauvaises surprises peuvent surgir à n’importe quel moment et sur tous les plans. Nous devons toujours être prêts à cela. Nous sommes certes maîtres de nous-même mais il faut rester humble face à la grandeur de l’océan.

C’est l’océan qui nous accepte et qui nous laisse passer.
Non le contraire. 



 

Aujourd'hui

Benoît va rejoindre le pôle d’entrainement Mini à la Turballe. Il va naviguer avec d’autres ministes, apprendre à mieux connaître son bateau, acquérir plus de compétences stratégiques, tactiques, perfectionner ses connaissances dans les réglages fins des voiles, sa lecture des fichiers météo, etc. 

Tout pour lui permettre de s’engager dans les prochaines courses en toute quiétude ! Si l'océan le veut bien :)

Entrer dans un pôle permet aussi de se mesurer aux autres, élément important pour progresser. Quoi de plus motivant que de voir qu’on avance plus vite que celui à côté ? Et dans le cas contraire, qu’est-ce que qu’il fait mieux que moi ? Meilleur cap ? Meilleur réglage de voile ? Meilleur choix de voile ?

Certaines fois, ce n’est pas juste de la chance. Etre au bon endroit sur le plan d’eau et bien prendre le vent s'apprend avec l'expérience et avec les échanges entre "ministes".

Après l’entraînement, on débrif’ avec les copains pour comprendre, avoir des informations et des conseils. C’est ça l’esprit mini, du partage et de la bonne humeur !  


 

Le futur

Les entraînements vont durer jusqu’au mois d’octobre. Le bateau sera ensuite sorti de l’eau pour être inspecté et mis en chantier d’hiver. Les bateaux sont mis à rude épreuve pendant les nombreux entraînements et les courses. Le chantier, c’est la case indispensable pour le bateau cet hiver. Benoît en profitera pour refaire entièrement toutes les peintures, l’étanchéité de l’accastillage, contrôler la quille pendulaire et les dérives ainsi que toutes les autres pièces et cordes d’usure. Le chantier durera environ trois mois.

août 2021